Maître Sorbon…l’imposteur…!

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André Kervella, vous êtes connu pour avoir écrit de nombreux ouvrages parfois techniques sur les origines de la franc-maçonnerie et son essor au 18ème siècle, ouvrages qui s’adressent souvent à des historiens expérimentés, bien qu’ils soient accessibles au grand public. Est-ce que vous avez conçu votre roman Maître Sorbon de la même façon ? Peut-il être lu par des profanes, des non-maçons ?

Sans aucun doute. C’est un roman. Il ne réclame aucune connaissance particulière de l’histoire de la franc-maçonnerie. Au contraire, il donne à ceux qui n’en possèdent pas des informations sur la naissance des loges au dix-septième siècle en Grande Bretagne, sous le règne des rois Stuart. En même temps, je montre que, à notre époque, même les historiens qui se disent scientifiques, sont divisés sur la manière d’interpréter ce passé.

Et, permettez-mois cette confidence, je trouve assez grotesque ceux qui prétendent détenir la vérité mais qui sont soudain frappés de surdité et de cécité quand on relève dans leurs publications des erreurs monumentales. Des erreurs, tout le monde en commet. La règle est seulement de les corriger quand on s’en rend compte. Ceux auxquels je fais allusion ont du mal à s’y résoudre. Il leur arrive donc aussi de verser dans le romanesque, d’écrire des masonic fictions, comme disent les Anglais. L’inconvénient est qu’ils abusent leurs lecteurs en se claquemurant dans le déni.
Votre roman articule deux époques, deux siècles. Selon les chapitres on passe de l’une à l’autre. Il y a d’un côté des personnages qui servent la dynastie des Stuarts au 17ème siècle, et encore dans la première moitié du 18ème. Il y a d’un autre côté deux autres personnages de notre temps qui interprètent de façon opposée cette histoire. Il y a le professeur d’université Luc Dumas, alias Maître Sorbon, et il y a son étudiant en master, Alexandre de Kersauzon. Cette alternance entre deux siècles ou deux époques est-il un procédé fréquent en littérature ?

Fréquent, je ne le dirais pas. Mais c’est un procédé narratif ancien. Les récits alternés permettent de développer au moins deux intrigues dont une nourrit l’autre, lui donne sa légitimité. Certains cinéastes aussi s’en inspirent. Entre autres, c’est le cas de Michel Haneke qui pousse le procédé à l’extrême dans Code inconnu.

Au départ, j’étais partagé entre le projet d’écrire un roman historique qui transporterait le lecteur au dix-septième siècle et lui permettrait de revivre l’ambiance qui animait la société britannique du siècle des Stuart, et celui d’écrire un roman strictement contemporain qui montrerait comment fonctionnent aujourd’hui les chapelles, les coteries maçonniques, comment on y fabrique une histoire dite officielle. Après quelques jours de réflexion, je me suis exercé à conjoindre les deux. En même temps, j’ai pris beaucoup de plaisir à enchâsser dans chacun des deux récits des micro-histoires, des intrigues secondaires qui donnent à plusieurs personnages une épaisseur existentielle. Les allusions à Pierre Dac, par exemple, sont de cette dimension.

Justement, venons-y. Les différents personnages qu’on rencontre au fil des pages vous ont-ils été inspirés par des hommes ou des femmes que vous avez-vous-même croisés ? Est-ce le cas de Maitre Sorbon ? Pouvez-vous nous éclairer sur ce curieux professeur ?

Pierre Dac, non, jamais rencontré. Je connais cependant certains épisodes de sa vie à Londres pendant la seconde guerre mondiale. Pour les autres personnages du 17ème ou du 18ème, je me suis inspiré des archives qu’il m’a été donné de consulter depuis plus d’une vingtaine d’années que je travaille sur le fait maçonnique. En ce qui concerne les contemporains, disons que le personnage de Sorbon est composite. J’ai emprunté des traits de caractère à certains collègues, universitaires ou non, que j’ai pu fréquenter. Deux anecdotes à ce sujet.

La première me fait remonter au début des années 1990. Je commençais à analyser des archives inédites sur l’apparition des premières loges maçonniques bretonnes quand je reçus un appel téléphonique d’un collègue, professeur réputé pour ses propres ouvrages. Au fil de la conversation, il se préoccupa de ce que j’avais découvert. Je n’eus aucune raison de lui cacher quoi que ce soit. Pourtant, il fit de gros efforts pour me dissuader de poursuivre ma recherche. Son principal argument fut qu’il avait lui-même été exhaustif sur le sujet et que je ne pouvais que m’égarer en prenant son contrepied. Curieux, non ? Jusqu’alors je n’avais rien publié sur la franc-maçonnerie. Je m’étais borné à des études diverses de philosophie et d’histoire contemporaine, en plus de deux ou trois brefs essais littéraires dans des revues éphémères. Quelques fictions sous pseudonymes aussi. Je devais donc faire comme si une autorité très distinguée me donnait un conseil d’expert.

La deuxième anecdote est tout aussi croustillante. Une dizaine d’années plus tard, voilà que je reçois un courriel d’un auteur pareillement connu dans le sérail, et qui se fend d’une critique acerbe contre l’exploitation que j’avais faite dans un de mes livres des archives jacobites conservées au château de Windsor. Les avait-il lues lui-même ? Pas du tout ! Il pensait seulement que, au vu de ce qui était déjà établi par la vulgate, je ne pouvais que me tromper. En réponse, je lui adressai en pièce-jointe une copie des archives sur lesquelles je fondais l’argumentation qu’il contestait le plus. Depuis, silence radio. Peut-être ne lit-il pas l’anglais ?

Ce sont là deux anecdotes parmi d’autres, assez triviales au fond. Mais il en faut parfois moins pour écrire un roman. D’autant que, par ailleurs, il y a donc aussi les œuvres romanesques déjà écrites sur le sujet. Dans le genre, on trouve de tout. De l’excellent et du médiocre. Du terrifiant et du merveilleux. J’ai pris plaisir à effectuer une sorte de démystification.

Selon vous, la Franc-maçonnerie du XVIIIème siècle répondait à un projet bien précis qui aujourd’hui n’est plus d’actualité. Pourtant la Franc-maçonnerie continue de progresser. Sait-elle se réinventer ? Peut-on aller jusqu’à dire qu’elle en mesure de ré-enchanter le monde autour de nouveaux concepts ? Par exemple, la laïcité, la spiritualité. etc. ?

Très juste ! La première franc-maçonnerie, celle des loges dévouées aux Stuart, n’aspirait qu’à une seule chose. Elle voulait légitimer un monarque de droit divin se présentant comme l’architecte de ses peuples, et mettons le mot au pluriel. Les initiés étaient les maçons de ce grand architecte royal, en tant qu’ouvriers contribuant à la solidité de l’édifice d’État. Ce thème du roi architecte est d’ailleurs ancien dans la littérature. La guerre civile en Grande Bretagne et la défaite ont contraint ces premiers maçons à la clandestinité. Leur successeurs n’ont pas été plus heureux quand les tentatives de reconquête, à partir de la France où ils s’étaient réfugiés, se sont soldées par des échecs cuisants. Cette dimension politique initiale s’est ensuite atténuée. Et l’on peut dire qu’aujourd’hui ce passé est irréversiblement dépassé. Avec le temps, d’autres sujets ou d’autres thèmes sont entrés dans la culture des loges.

J’ai tendance à penser que ce qui subsiste des premières loges, c’est un genre de sociabilité qui habitue les initiés à une fraternité clairement affirmée comme fondamentale de leurs choix éthiques individuels et collectifs. Il faudrait un nouveau livre pour développer cela, et surtout pour éviter les méprises nées d’une lecture trop superficielle des fameuses Constitutions d’Anderson. Mais je crois assez pédagogique le bref rappel suivant.

Les premières loges se créent certes sous une bannière politique qui est donc celle des Stuart, mais dans cet ensemble de pays que sont l’Angleterre, l’Irlande et l’Écosse, où les mouvements religieux sont divers, parfois en rivalité, parfois en alliance tactique. Pour soutenir une même cause politique, il faut accepter ce pluralisme religieux, ne pas en faire un objet de dispute. Il suffit de transposer ce schéma à notre époque pour comprendre que ces premiers maçons ont montré la voie de ce qu’on peut appeler la bonne intelligence, au sens de vivre en bonne intelligence, d’accepter des concessions mutuelles. En débordant de ces champs politiques et religieux, on comprend aisément que l’on peut, voire que l’on doit engager une recherche sur la capacité de l’homme à tolérer les différences d’opinion, de goûts, et je dirais volontiers de couleurs, dans une actualité qui tend au contraire à les stigmatiser. Mon point de vue n’est guère original, je l’admets. Mais, enfin, je suis chaque jour surpris par l’excitation de certaines obédiences qui se piquent d’être les seules orthodoxes ou régulières, dénonçant les autres comme bâtardes, reproduisant ainsi un schéma de conflictualité qu’elles dénoncent pourtant en leur sein, usant et abusant de ronflantes déclarations de principe.

Quelle est la part autobiographique dans la rédaction de ce thriller ?

Oh oh ! vaste question. N’importe quel écrivain se nourrit de ses expériences personnelles, de ses lectures. Je vais vous étonner en disant que cela est valable autant pour la création d’une œuvre de fiction que d’une œuvre dite scientifique, du moins dans le champ historique que je pratique. Chaque historien a son style, sa sensibilité, sa manière d’aborder les archives, les témoignages, etc. Disons que la subjectivité entre toujours dans la création d’une œuvre, quelle qu’elle soit, mais à des degrés divers, avec plus ou moins de liberté, même quand on s’efforce d’en limiter l’influence, comme en mathématique. Dans ce roman, pour la partie contemporaine, deux personnages principaux se font face : le professeur Luc Dumas, alias Maître Sorbon, et son étudiant Alexandre de Kersauzon. Pour bien me situer entre les deux, permettez-moi une digression.

J’ai la chance d’avoir eu une carrière professionnelle bien remplie. J’ai été enseignant, mais aussi conseiller ministériel à l’étranger. Surtout dans la seconde position, j’ai eu l’opportunité de côtoyer des personnes aux tempéraments très contrastés, exerçant des responsabilités de très haut niveau. Quand je fais le bilan des observations que j’ai pu mener, il y aurait matière à écrire une nouvelle comédie humaine à la manière de Balzac. Plusieurs personnages du roman sont copiés sur des individus bien réels, parfois adorables, parfois exécrables. Des ambitieux prêt à tout pour assouvir leurs ambitions, j’en ai croisés sur mon chemin. D’autres qui ne marchandent ni leur confiance ni leur disponibilité, aussi. Donc, si je résume, certaines scènes du roman sont réelles, par transposition de mon vécu, d’autres sont inventées. De même pour les personnages.

Récemment, vous avez publié chez le même éditeur un livre remarqué « Le Baron de Hund et la Stricte Observance Templière », cette publication vous a-t-elle inspiré pour construire l’intrigue du roman ?

Oui, c’est sûr. La thématique templière qui fait tourner la tête à Maître Sorbon est très prégnante en Franc-maçonnerie depuis la première moitié du 18ème siècle. Elle ne cesse d’inspirer des auteurs prolixes. Elle se prête d’autant plus à un traitement romanesque qu’elle permet le mélange des genres, comme la politique, la religion, l’argent, le secret, la fraternité indéfectible et même le sexe puisque les templiers ont été en leur temps accusés de mœurs contre nature. Mon propos s’est borné à montrer que, chez les partisans des Stuart exilés sur le continent, surtout en France, ceux qu’on a appelés les jacobites, la référence templière était purement allégorique, sans continuité réelle avec les chevaliers du Moyen Âge, sans transmission quelconque d’un héritage secret. Mais cela n’empêche pas les imposteurs de clamer le contraire.

Alexandre qui illustre votre première de couverture, protagoniste principal de ce roman, se refuse à entrer en maçonnerie. Est-ce un cas isolé ou une tendance au sein de la Franc-maçonnerie ?

Le jeune Alexandre n’a pas de position de principe contre la franc-maçonnerie, sinon il lui faudrait décrédibiliser ses ancêtres qui ont été membres de loges. Il devine en réalité que son professeur veut le manipuler, et c’est ce qui le rend rétif. Ne l’oublions pas, il vit par ailleurs une belle histoire d’amour avec Roxane. Il a d’autres pensées en tête, d’autres ardeurs. Il est jeune, nous l’avons tous été. Avec la maturité, on change de regard.

Comment imaginez-vous la Franc-maçonnerie du 21ème siècle ?

L’imagination est la folle du logis, disait Malebranche. Je n’oserais pas dire, quant à moi, qu’elle est la folle des loges. Mais, bon, je vais essayer de tenir en bride la mienne pour esquisser un avenir où la Franc-maçonnerie mettrait en conformité ses déclarations de principe sur la fraternité universelle, d’une part, et la réalité de ses pratiques, d’autre part.

Comme je viens de le dire tout à l’heure, si les Obédiences pouvaient déjà s’accorder sur ce qu’elles sont et sur les relations d’estime qu’elles doivent instaurer entre elles, ce serait une bonne chose. Voilà pour l’aspect institutionnel. Pour l’aspect philosophique, en englobant sous ce terme la métaphysique et ce qui participe de la spiritualité, il me semble qu’un questionnement visant à clarifier les rapports du fermé et de l’ouvert, de la loge aux portes verrouillées et du monde extérieur aux frontières de plus en plus poreuses, gagnerait à être mené ou approfondi. Ce questionnement est analogue à celui qui concerne le rapport de l’initiation individuelle, qui confine au non verbalisable, tant elle est intime, et de l’action dans la société qui doit pouvoir être mise en discours partagé. Là encore, je ne dis rien d’original. Mais si je focalise sur la spiritualité, par exemple, je suis très intrigué par les théoriciens qui cherchent à opposer une spiritualité religieuse et une spiritualité laïque, sans chercher au préalable à définir la spiritualité tout court. Ils s’épanchent davantage sur la religion et la laïcité que sur ce penchant de tout homme à vouloir donner du sens aux actions qu’il accomplit personnellement d’abord, puis à celles du ou des collectifs auxquels il appartient, et par extension à celles de l’humanité entière.

La question du sens est souvent mal comprise parce qu’on l’aborde en se crispant sur les réponses déjà fournies par les religions ou les mouvements de pensée qui en tiennent lieu, y compris chez les athées. À mes yeux, interroger le sens, c’est peu ou prou se tourner vers une transcendance. Mais comment la définir ? Voilà ce sur quoi on bute. Sans verser dans le morbide, il y a toujours un moment où la transcendance s’approche de toute façon sur un arrière plan de vies qui s’achèvent ou se métamorphosent dans la mort. Et je ne m’éloigne en rien de la littérature en disant cela. Si les romans policiers ont tant de succès, c’est souvent parce qu’un meurtre au moins y est commis. Qui est coupable ? Quel en est le mobile ? Le lecteur veut pouvoir nommer quelqu’un, comprendre les raisons de son acte, et se féliciter au besoin que l’enquête aboutit à le démasquer. L’absurde, le non-sens, est le scandale absolu de la pensée. Je dirais la même chose de l’acte gratuit, accompli sans raisons apparentes. Toute quête de transcendance est un combat contre l’absurde. Certains la mènent dans la joie, d’autre dans la douleur, et une infinité d’autres sentiments sont possibles entre les deux.

Quels sont vos futurs projets éditoriaux ?

Depuis quelques années, je songe à écrire une biographie de Martinès de Pasqually. En 2011, Michelle Nahon en a publié une qui est excellente et que je recommande aux lecteurs. Je ne me propose évidemment pas de faire double emploi, mais de problématiser le personnage en essayant de comprendre quel était son projet quand il a inventé l’Ordre des Élus Coëns. Cela fait lien avec ce que je viens de dire. Martinès propose une spiritualité fondée sur une lecture très personnelle de la Bible. Être, ne pas être, le bien, le mal, la vie, la mort, la matérialité corruptible du corps, l’immatérialité de l’esprit, un créateur postulé éternel, des créatures irrémédiablement temporelles, voilà ce qui le préoccupe. C’est conforme. Mais il ne peut éviter alors les paradoxes et, parfois, les contradictions. C’est un exemple de franc-maçon, exemple d’ailleurs assez rare, qui crée une doctrine et parvient à rassembler autour de lui des disciples fidèles. Mais les paradoxes et les contradictions l’exposent automatiquement à la fragilité. Après sa mort, son Ordre se disloque.

Un autre projet me tient à cœur. En 2017 certaines obédiences vont s’agiter pour fêter le trois-centième anniversaire de la Grande Loge de Londres. Ils vont le faire en déployant une rhétorique captieuse consistant à faire accroire que la franc-maçonnerie est née justement au moment où cette Grande Loge a été inventée. C’est dire, donc, qu’ils vont faire passer par-dessus bord le siècle qui a précédé. Mon ouvrage consistera à montrer comment les contemporains se comportent pour s’adonner à une déplorable mythographie. Quelques uns vont le faire en se prétendant scientifique. Ô grandeur et décadence ! Ils vont à leur manière écrire aussi un roman, un roman à plusieurs mains, à plusieurs voix. J’en fais d’ores et déjà le pari, car plusieurs revues ou magazines commencent à amorcer la supercherie.

Dernière question. Dans ce roman, aucun personnage n’est porteur d’une spiritualité « dévastatrice » auprès de ses congénères. Certains personnages sont bien entendu cupides, cette cupidité trahissant la nature humaine et ses travers que nous connaissons tous. Mais à la lecture de ce roman, le lecteur perçoit aussi des intérêts environnementaux voire mondialistes. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Pas de dogme pernicieux indexé sous le nom d’une religion, en effet. Mais des pistes ébauchées vers des débats de plus en plus insistants sur les effets pervers de la mondialisation, de la mainmise des lobbies financiers sur les entreprises et les politiques d’État. En suivant le fil de l’actualité mondiale, avec les émois que provoquent les terrorismes internationaux, les pollutions de la planète qui compromettent son équilibre écologique, les thèses alarmistes sur l’évolution de la démographie, en relation inverse avec le potentiel des ressources alimentaires, on s’aperçoit que le pessimisme tend à devenir un sentiment dominant, tandis que les intellectuels dont la vocation reste de penser la condition humaine ont mille peines à dégager une vision cohérente non seulement de l’avenir mais encore du présent. Chacun choisit un thème de prédilection et tend à y focaliser une démonstration plus ou moins savante. Comme le signalaient naguère les inventeurs de la post-modernité on ne sait plus concevoir de grands récits, de système explicatif global. On assiste à une fragmentation, une parcellarisation des théories explicatives, avec repli sur des égotismes qui se jalousent. Ou bien par un effet de réaction, on s’aventure dans des thèses complotistes qui prétendent que le cours du monde est désormais dirigé par une poignée d’hommes ou de trusts en connivence.

De ce point de vue, le complotisme est précisément un expédient qui sert à combler le vide laissé par les grands récits disparus. Et voilà aussi ce qui plaît dans certains romans exploitant le thème maçonnique. Une société secrète aspirant à soumettre le monde à ses règles, c’est bien l’image que des contempteurs tentent de dénoncer. Internet foisonne de blogs et autres plateformes qui lancent des accusations délirantes. En écrivant Maître Sorbon, je ne pouvais pas ignorer le phénomène, il convenait cependant de le ramener à des proportions convenant aux personnages. Je décris Luc Dumas comme étant lui-même un romancier qui se cache sous de nombreux pseudonymes pour fabriquer des intrigues où l’on complote fébrilement. Cela pour séduire des lecteurs qui en redemandent. Dans son quotidien, lui-même n’y croit pas. Mais, avec cette ironie de l’histoire qu’il est malgré tout embarqué dans une organisation secrète qui le manœuvre à son insu.

Soulignons l’actualité récente de votre dernier livre :

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